Ce que je pense du Covid-19, réponse (1) à Mohamed Lam

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Au-delà de sa fulgurance, le Covid-19 a ceci de particulier, qu’il soumet tous les états et peuples du monde à la même fragilité et à la même incapacité à résoudre une crise majeure. Et cela indépendamment de la richesse, du niveau progrès technique et de la plateforme médico-sanitaire dont on dispose. Bien sûr ces éléments sont importants, mais force est de voir qu’aujourd’hui ils demeurent quasi insuffisants. Cette pandémie est pour moi, un contexte qui met à jour des réalités géopolitiques effectives, que nos pratiques et stratégies particulières se refusent à mettre en œuvre. Au-delà de nos antagonismes et de nos intérêts faussement divergents, notre dénominateur commun est une interdépendance, certes complexe mais réelle, qu’il nous faut comprendre et rendre opérationnelle. Explication

L’école de l’interdépendance complexe est apparue aux USA au début des années 70 avec des auteurs comme Robert Keohane et Joseph Nye. Pour ces auteurs, l’interdépendance entre les nations est la caractéristique principale des relations internationales depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans « transnational Relations politics », ces deux auteurs recensent l’ensemble des flux transfrontaliers en s’intéressant plus particulièrement à quatre domaine : l’information, le commerce d’objets physique, le flux financiers et la libre circulation des hommes et des idées. Cette perméabilité des frontières, et les moyens de communication favorisent une sorte d’interconnexion entre les sociétés. Qu’est ce que c’est qu’une frontière aujourd’hui ? Il est dès lors impossible de dissocier les phénomènes intérieurs des événements extérieurs : le dehors du dedans. En outre, l’Etat ne peut plus se présenter comme le seul acteur de la vie internationale. L’interdépendance doit, dans ce sens, être comprise comme « mesure dans laquelle des événements survenants dans une partie du monde … affectent (soit physiquement, soit la perception qu’on en a) les événements survenant dans chacune des autres composantes du système ». L’image la plus parfaite pour symboliser cette interdépendance, c’est « une toile d’araignée » ou un « filet ». C’est l’idée même de société en réseaux, chère à Manuel Castell, et le sens de l’internet encore appelé  world wide web…..

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La multiplication des acteurs non étatiques, comme aussi des organisations internationales symbolise cet univers interdépendant en faisant surgir des nouvelles problématiques, globales pouvant destabiliser tous les pays du monde. C’est bien le cas pour l’environnement, les ressources énrgétiques, la démographie, nouvelles maladies…D’où le covid-19.

Dans une contribution publiée dans nos colonnes, notre confrère Mohamed Lam affirmait que « le covid dément Samuel Huntington ». Par ce titre volontiers provocateur ( ?), Mohamed Lam voulait simplement portait une réplique à une des thèses de Samuel Huntington développée dans son fameux ouvrage « le choc des civilisations » Ainsi pour Mohamed Lam, Huntington analysait les relations et les coopérations internationales sous le prisme de la proximité et des affinités culturelles, historiques…qui peuvent exister entre les organes étatiques ». Dès lors ce dernier, concevrait un monde divisé « en civilisations », ce qui conduirait «  la politique globale…à dépendre de plus en plus de facteurs particuliers, culturels ». Dès lors, les états coopèrent avec des états qui leur ressemblent, notamment culturellement. Mohamed Lam rajoute, : « Huntington soutien l’idée selon laquelle l’identité culturelle détermine les associations et les antagonismes entre pays. Selon, lui la question “Dans quel camps êtes-vous ?” a été remplacée par la question “Qui êtes-vous ?” Il indique alors que “tous les États doivent pouvoir y répondre. Et cette réponse, fondée sur leur identité culturelle, définit leur place dans la politique mondiale, leurs amis et leurs ennemis” ». Bien entendu, Lam conteste cette thèse et propose plutôt des relations inter-étatiques, une coopération internationale fondées sur une communauté de destin et une interdépendance de fait.C’est de bien de ça dont il s’agit : Interdépendance, une interdépendance complexe qui régit nos interactions aujourd’hui, et que cette pandémie met à jour. Comment ? Des pays dont les antagonismes influençaient jusqu’ici le climat international, sont aujourd’hui obligés de collaborer pour endiguer cette pandémie. C’est le cas par exemple de la Russie qui vient en aide aux USA, ou encore de la chine qui aide des pays européens comme l’Italie…les exemples ne manquent pas. Toujours est-il qu’e cette pandémie, appelle en notre sens, à réévaluer l’état des relations internationales, mais aussi à construire de nouvelles formes d’interactions, basées sur d’autres fondements et principe.

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