Conférence Frapp-France Dégage: Sécurité, terrorisme, souveraineté, et panafricanisme.

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Ce samedi 26 octobre à Dakar s’est tenu la conférence organisée par le Frapp-France Dégage. Axée sur une thématique incontournable et à la fois très actuelle, cette rencontre a été animée par Guy Marius Sagna, Alioune Tine et le Pr Issa Ndiaye.

Pour le professeur Issa Ndiaye (ancien ministre de l’éducation au Mali, militant associatif et président du forum civique “espace de réflexion et d’action”), on ne peut comprendre la situation sécuritaire de l’Afrique (notamment le Mali) sans aborder la question de la souveraineté des états composant ce continent. Selon lui, “le Mali est un pays en guerre, une guerre qui lui a été imposée de l’extérieur”. En outre ironie du sort? Ces puissances qui ont imposé cette guerre au Mali, sont les mêmes qui lui dictent les moyens de régler cette situation. Conséquence? Le Mali est un pays sous occupation, avec notamment la présence aujourd’hui contestée, de toutes les armées occidentales au Mali, et dans la Zone Sahelo-Saharienne. Pourtant, malgré une présence militaire forte, l’insécurité perdure et tous les pays de l’Afrique de cette zone sahelo-saharienne sont touchés par le péril sécuritaire. Cela dit pour comprendre cette situation, il faut recourir à l’histoire des relations entre la France et ses anciennes colonies, mais aussi des pays africains eux-mêmes. Il faut ajouter dans l’analyse, l’existence de ressources importantes dans le sous-sol. Ce sont par exemple l’eau, les ressources minières et énergétiques, objets de convoitises avérées.

il faut mettre en place des solutions africaines, pensées et conçues en Afrique.

Aliou Tine (ex-président de la RADDHO, expert indépendant de l’ONU pour les droits de l’Homme au Mali, directeur régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest, fondateur du Think Tank d’Arica Jom Center) , ayant pris part à la rencontre est revenu sur l’analyse des causes profondes de cette insécurité globale . Pour lui, les pays africains sont d’abord confrontés à des conflits internes, puis à des menaces externes (djihadisme, groupes mafieux, criminalité transfrontalière etc…) . Ce qui dénote une situation complexe et quasi chaotique. D’un autre côté facteur inconfortable: les états africains n’ont aucune souveraineté, dans la situation actuelle. Pire, dans une configuration de guerre asymétrique, aucun pays africain ne peut affronter les risques sécuritaires seuls, d’autant que le système onusien n’est en aucun adapté pour faire face. Ainsi, Aliou Tine préconise la mise en place de solutions africaines, conçues et pensées en Afrique. De fait, la responsabilité d’organismes comme la CEDEAO et l’UA est engagée. Aliou Tine avoue que cette zone sahelo-saharienne est l’objet de beaucoup de convoitises, du fait des innombrables richesses dont elle regorge. La question de la gouvernance foncière, de l’accès à l’eau qui parfois, est le déclencheur de conflits tribaux, reste centrale dans ce débat. Pensons par exemple aux affrontements entre peulhs  et agriculteurs, ou encore mes récentes tueries entre peulhs et dogons, au Mali. A cela, il faut ajouter les questions liées aux pratiques de corruption généralisée, et de mal-gouvernance dont les conséquences sont destructrices et loin d’être perçues. De même que la circulation incontrôlée des armes dans cette zone.

La sécurité en Afrique, une question de souveraineté économique d’abord?

Pour Guy Marius Sagna, la problématique sécuritaire en Afrique, pose d’abord la question de la souveraineté économique et monétaire des pays du continent. Car nos économies étant aux mains des puissances étrangères, aucune chance pour nos pays de se développer d’une part, ni de répondre aux besoins de ses populations d’autre part. Ce qui fait que depuis les indépendances, nos pays demeurent sous assistance des puissances occidentales, qui sous prétexte d’un humanisme déguisé, pillent nos ressources et continuent à mettre en place un système impérialiste, dit néo-colonialiste. Pour Guy Marius Sagna, la configuration actuelle de notre continent est aussi un des sources de ce problème sécuritaire. En effet, il pointe la question du découpage de l’Afrique et de la fixation de ses frontières actuelles. Dès lors, l’unité des peuples africains doit être une réalité effective, à l’heure où la manipulation du fait ethnique cause de drames sociaux et humains.”Le projet Sénégal n’est pas viable sans y associer la Gambie…”, la solution fédérale est donc incontournable ici. Elle permettrait de porter un projet panafricain , au service des africains et dès lors de mettre en place des solutions africaines à des problèmes africains. Dans cette optique les populations ne seraient pas en reste, car selon Guy Marius Sagna, les populations africaines, notamment devraient opter pour l’auto-gestion. Et cela? à l’échelle des villes, des villages , des quartiers. Car en définitive, ce sont les seules à connaître leurs besoins de manière précise. Une façon peut être de responsabiliser chaque individu, dans la gestion des affaires de sa cité.

En tout état de cause cette rencontre a  pointé, la nécessité d’une intégration effective entres les pays africains, du fait de leur interdépendance. Sinon, il convient d’approfondir la coopération mais aussi appliquer des principes de bonne gouvernance dans la gestion des deniers publics, comme des ressources naturelles. Avant toute chose, la souveraineté réelle des états africains en plus d’une redéfinition des relations avec les puissances étrangères sont un préalable incontournable.

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