Covid 19 : Faisons humanité ensemble (Par Mouhamadou Makhtar SECK)

Actualités D-cryptage Editos Parlons Politique! Perspectives Afrique

La rédaction de diaspocom a reçu hier, ce texte brillant et plein de bon sens de Mouhamadou Makhtar Seck, Spécialiste en Développement Durable. Dans ce texte, l’auteur dresse les enjeux qui se présentent à l’humanité aujourd’hui, avec de nouveaux risques et une incertitude permanente comme seule certitude. Enjeux, mais aussi des perspectives nouvelles à saisir pour un monde prospère et juste.

La pandémie du coronavirus témoigne de la place centrale qu’occupe le risque économique, social et environnemental dans un monde globalisant et interdépendant. 

Avec cette pandémie, l’humanité est en train d’affronter la plus grande crise sanitaire de son histoire. Jamais elle n’a connu une maladie virale qui se soit si rapidement propagée à l’échelle planétaire entrainant ainsi de très lourdes pertes en vies humaines et une grave perturbation de l’activité socioéconomique. La brutalité du choc qu’elle représente pour nos sociétés est très révélatrice des crises globales qui guettent le 21e siècle. 

Les capacités de résilience des sociétés, notre mode de vie et la viabilité de notre modèle de développement, voire même notre organisation sociale sont fortement  

ébranlés. Nous sommes confrontés à une crise systémique sans précédent, à tous les niveaux (local, national, régional et international) et dans tous les domaines (sanitaire, économique, social et environnemental). Cette pandémie constitue, à la fois, une épreuve et une expérience pour toutes les sociétés, quel que soit leur niveau de vie. 

La pandémie du coronavirus est, avant tout, une crise sanitaire qui menace d’asphyxier les systèmes de santé de tous les États. 

Cette crise est également une crise de la mondialisation. La politique de confinement, prônée par les États, qui est l’antithèsemême de la mobilité sur laquelle repose la mondialisation, la démontre parfaitement. L’économie mondiale est littéralement à l’arrêt. Les mouvements des personnes sont strictement contrôlés, pour ne pas dire interdits, et les frontières se ferment à une vitesse que même le plus radical des national-populistes n’aurait osé espérer. 

La pandémie du coronavirus vient ainsi de mettre à nu les limites de la mondialisation profondément centrée sur l’économie. Eneffet, la mondialisation s’est exclusivement préoccupée de la structuration et de la régularisation du marché international des biens et services et des capitaux, même si par ailleurs elle a permis au monde de bénéficier d’une période de prospérité sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Mais, du fait des principes actifs qu’elle génère de part les interdépendances multiples, extraordinairement rapides, la mondialisation porte en son sein une dimension sociale et environnementale très longtemps occultée par les grands décideurs du monde. 

Cette crise présente une autre caractéristique inédite. La pandémie de la COVID- 19 aura inexorablement des conséquences certaines et sans précédent sur les rapports économiques et sociaux aussi bien au niveau bilatéral que multilatéral. Elle provoquera également une crise environnementale qui mettra en évidence les limites de l’individualisme et du capitalisme comme modèle de politique à échelle mondiale. Les répercussions de la pandémie sur la gouvernance des institutions internationales sont fortement perceptibles sur le plan politique. Elle affectera, à coup sûr la crédibilité des institutions internationales, régionales et sous régionales dans leur fonctionnement et mode de gestion. 

Évidemment, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est dans la ligne de mire des critiques virulentes concernant la gestion de la pandémie, à tort ou à raison, provenant des politiques, des professionnels de la santé publique et communautaire, des médias et des sociétés civiles. 

La crise a également révélé que l’OMS se retrouve au cœur de diverses politiques portées par ses partenaires financiers notamment les gouvernements des grandes puissances, les organisations intergouvernementales, les organisations non gouvernementales, les fondations et le secteur privé. Il apparait clairement un risque très fort de voir l’OMS perdre toute son indépendance dans son rôle de direction et de coordination dans le domaine de la santé publique internationale du fait de la mainmise de ses partenaires financiers. À titre indicatif, le budget programme 2020- 2021 de l’OMS fixé à 5,840 milliards de dollars américains sera financé par les contributions des États membres pour près de 20% et les contributions volontaires, pour  les 80% restants . Cette situation est porteuse de luttes d’influences, parfois de rapports de force, exposant ainsi l’OMS dans des enjeux majeurs de la géopolitique. 

Aussi, il serait très tentant, voire léger de déplorer l’affaissement de l’esprit de coopération mondiale de l’OMS, de s’inquiéter de sa politique de priorisation en matière de recherche et d’application et de diffusion des connaissances utiles et de mettre en doute sa capacité de surveiller la situation sanitaire et d’évaluer les tendances en matière de santé sans pour autant faire une analyse approfondie de son indépendance à dérouler sa mission. 

La crise sanitaire historique que le monde traverse actuellement, a tendance à provoquer généralement, des réactions irrationnelles de la part des États, comme des sociétés civiles et des organisations non gouvernementales. Elles enclenchent d’autres crises sociale et morale semées dans le terreau de la diffusion de peurs absurdes, la recherche de boucs-émissaires, l’hostilité et la stigmatisation. 

Il est évident que la seule constante dans notre monde en perpétuelle mutation est la garantie que nos organes de gouvernances locales, nationales, régionales et internationales doivent apporter pour toujours préserver la santé et le bienêtre physique, mental et social de l’homme dans un environnement préservé. Dès lors, toute politique de l’OMS doit impérativement placer l’être humain au centre de ses préoccupations. Chaque être humain a le droit de vivre en bonne santé dans un environnement sain. En quelque sorte, l’OMS doit se doter les moyens de « penser  mondial ; agir local ». Elle doit porter l’initiative internationale en vue d’une meilleure implantation nationale et locale de ses programmes de santé publique et communautaire. 

Ainsi, nous devons légitimement nous interroger et nous mobiliser sur les conditions sanitaires et les perspectives économiques et sociales de la sortie de cette crise systémique. Nous ressentons tous le besoin de nous projeter dans l’avenir avec un espoir raisonnable, en nous demandant ce que cette crise va changer. 

Cependant, si on ne prend pas assez de recul, COVID-19 pourrait bien ne rien changer. Bien au contraire, elle intensifierait et consoliderait encore la gouvernance actuelle de l’OMS alors qu’il devrait constituer un tournant majeur pour l’orienter sur une vision significativement nouvelle. Cette crise esquisse déjà de fortes réformes structurelles de l’OMS. 

Dès lors, il devient primordial de s’appuyer sur les conditions de la crise actuelle pour échafauder, avec ambition, une nouvelle organisation mondiale de la santé. Cette crise est une opportunité pour promouvoir le développement durable en santé. Les faits montrent que les facteurs de risques environnementaux (changement climatique, explosion démographique, urbanisation anarchique, industrialisation incontrôlée et agriculture intensive) jouent un rôle dans plus de 80 % des maladies régulièrement. Si encore nous ratons les réformes nécessaires de l’OMS qui devra inéluctablement prendre en compte les facteurs de risques environnementaux, il y a alors de fortes chances que nous voyons émerger sur la scène internationale une nouvelle politique des blocs régionaux. Effectivement, un nouveau zonage géographique de la politique internationale pourrait bien résulter de la crise de la COVID- 19. Nous allons probablement assister à un déclin de la coopération internationale, jugée pourtant nécessaire pour coordonner la recherche, la surveillance de la situation sanitaire et l’évaluation des tendances épidémiologiques. 

Actuellement, nous constatons que la pandémie du coronavirus a beaucoup renforcé la politique de puissance, notamment entre les États-Unis et la 
Chine. Or, dans cette situation de crise qui bouleverse la vie de tout le monde simultanément et si soudainement, une forte coopération internationale demeure primordiale si nous ne voulons pas assister à un monde plus anarchique dans lequel tous sont contre tous. 

Une synergie d’ensemble est nécessaire pour redéfinir une vision positive de l’avenir de l’humanité. Un avenir dans lequel l’homme vivrait en harmonie, et non en opposition avec les systèmes et les processus naturels, un avenir plus solidaire pour garantir sa santé et son bienêtre physique, mental et social. Pour y arriver, il est essentiel que le concept de développement durable ne soit pas seulement un engagement, mais une réalité exprimée d’une manière simple et accessible à tous. Le développement durable doit adopter une démarche progressive parce qu’elle a pour ambition de changer notre façon de vivre et de repenser notre perception du bonheur. En un mot : Faisons l’humanité Ensemble. 

Mouhamadou Makhtar Seck

Chef des services financier et comptable CSRP ; organisation sous régionale des pêches en Afrique de l’Ouest. Gestionnaire de projet. Spécialiste en Développement Durable. Président de l’association student and Alumni Advisory Concil en Master’s in Development Practice -Senegal (MDP SAAC SENEGAL) Vice-Président de l’association MDP SAAC AFRICA. E-mail : makhtarseck@hotmail.com @MouhamadouMak15

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.