Défis environnementaux et démographiques du développement : Le cas des bidonvilles

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« Le défi de l’Afrique est civilisationnel…La transition démographique est l’un des défis essentiels de l’Afrique. Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Ce sont les mots du président Emmanuel Macron, interrogé sur le développement Africain au G20 en juillet 2017. Il fustige par-là la démographie africaine qui serait selon lui l’une des causes majeures du sous-développement africain.

Il est vrai que l’Afrique va connaître une explosion démographique due à la baisse de la mortalité, conjuguée à un taux de natalité élevé. Cependant, le chiffre de 7 enfants par femme avancé par le Président est inexact à l’échelle du continent, étant donné qu’il est d’environ 4,7 enfants par femme. Selon les Nations Unies, « Plus de la moitié de la croissance démographique dans le monde d’ici à 2050 aura lieu en Afrique ». La population de ce continent va doubler d’ici à 2050, passant de 1,2 milliard aujourd’hui à 2,5 milliards et à 4,2 milliards en 2100. Comparé au reste du monde, ces chiffres sont sans équivoque. Par exemple, la population européenne devrait décroître avec un taux de fécondité faible. La population des autres continents devrait augmenter moins fortement. L’Asie passerait de 4,2 milliards à 4,5 milliards d’habitants, l’Amérique du Nord passerait de 347 millions à 526 millions d’habitants. L’Afrique est donc le seul continent à ne pas avoir effectué sa transition démographique.

Cette croissance très rapide de la population, alliée à l’exode rural, cause beaucoup de problèmes écologiques et sociaux dans les villes africaines. Emergent alors des mégapoles, fer de lance de la mondialisation et du développement capitaliste, dont certains quartiers centraux ou périphériques se traduisent par des bidonvilles où des milliers de personnes subsistent.

À travers cet article, nous tenterons donc de comprendre les liens étroits entre démographie, développement et défis environnementaux par le cas des bidonvilles et notamment ceux de la ville de Lagos au Nigeria.

La lutte contre l’explosion démographique

Historiquement, l’un des premiers à se saisir de la question démographique est l’économiste Malthus. Il mettait en avant le fait qu’une croissance démographique exponentielle dans un monde fini poserait à terme des problèmes à l’échelon mondial. A l’instar des thèses de l’écologue Hardin, il mettait en cause les populations pauvres. Par la suite, dès les années 70, des conférences internationales (Bucarest 1974 ; Mexico 1984 ; Le Caire 1994) ont repris les idées de contrôle de la démographie avec des programmes et des résultats différents selon les pays.

Certaines mesures de planification familiale ont contribué à une baisse significative de la fécondité, notamment en Amérique du sud et en Asie orientale. Ces baisses n’ont pas toujours attendu le décollage économique perçu comme un prérequis, et ont été permises par un changement de mœurs (Philipe Colomb, 1995).

En revanche, certains pays ont mis en place des mesures coercitives qui ont eu des conséquences sociales désastreuses. L’Inde par exemple a eu recours à des stérilisations forcées à l’encontre des populations pauvres. La politique de l’enfant unique mise en place par la Chine, a conduit à ce que des enfants se retrouvent apatrides, sans identité. De plus, les familles plébiscitent les enfants « mâle », ce qui conduit à un ratio femme/homme déséquilibré.

D’autres problèmes vont de pair avec une baisse rapide de la fécondité. La pyramide des âges du Japon illustre bien les problèmes que peuvent rencontrer des pays qui ont eu une transition démographique rapide, et qui se retrouvent aujourd’hui avec une population âgée. L’Allemagne par exemple avec son régime de retraite où un nombre inférieur de jeunes doivent cotiser pour les retraites de personnes âgées supérieures en nombre. Dans un pays comme la Chine où les personnes âgées vivent chez leurs descendants, arrive la situation où un jeune couple doit subvenir aux besoins de 4 parents et jusqu’à 8 grands-parents.

Il convient que ce genre de situation n’est souhaitable pour aucun pays, mais l’expansion démographique que connaissent certains pays d’Afrique n’est pas non plus soutenable pour l’environnement. Cependant, Une population jeune dans un monde vieillissant pourrait être un avantage pour l’Afrique. Ainsi, le défi est d’éduquer, de loger et de nourrir cette jeune population de manière soutenable. Cette jeune population est de plus en plus citadine. La carte 2, bien qu’elle soit datée, nous permet de voir les densités de population en Afrique de l’ouest. Ces populations se concentrent de plus en plus sur les littoraux, à proximité de grandes villes, espérant trouver un emploi et améliorer leurs conditions de vie.

54% de la population mondiale vivait en ville en 2014, ce chiffre était de plus de 40% en Afrique. Parmi cette population urbaine africaine, 60% vit dans un bidonville. L’Afrique compte 4 villes au-dessus de 10 millions d’habitants dont Lagos et Le Caire qui en compte plus de 20 millions. L’accroissement de la population urbaine se fait plus vite que l’urbanisation et le taux de personne habitants dans les bidonvilles ne va cesser d’augmenter.

Guillaume ( sonet) Samba Ndiaye

Analyste PERSPECTIVES Afrique

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