Escalade de violence au Mali: Pour une réponse régionale et inclusive

Cécile Sow D-cryptage Politique Société

Six mois après l’attaque de Koulogon, et seulement quelques semaines après celle d’Ogossagou – qui ont fait respectivement 39 et 160 morts parmi les civils –, la région de Mopti (centre du Mali) a de nouveau été la cible d’attaques meurtrières. Cette fois, c’est dans le village de Sobame Da, dans la commune de Sangha, que le massacre a eu lieu. Bilan : 95 morts et 19 personnes portées disparues.

Jusqu’ici, le massacre dans ce village du pays Dogon n’a pas été revendiqué. Pour autant, aucune piste n’est écartée pour en déterminer l’identité des assaillants. Il faut très vite préciser que ce massacre, s’inscrit dans une longue liste de violences. En effet, depuis 2012, avec les attaques du MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) le mali est entré dans un cycle de dislocation de son territoire. Dès lors, il est partagé entre le MUJAO, les indépendantistes Touaregs et les autres. Par exemple le MUJAO avait pratiquement pris possession de toute la zone de Douentza. c’est avec les actions militaires franco-africaine en janvier 2013, que le MUJAO fuit vers l’extrême nord du pays et vers la frontière mauritanienne, laissant d’importants lots d’armes dans les localités anciennement occupés. Or depuis 2014, on est entré dans une nouvelle forme de violence avec la présence de divers groupes armés ; des groupes extrémistes violents comme la Katiba Macina, mais aussi des réseaux de trafics qui opèrent tout le long de la frontière entre le Mali et le Burkina”. 

Dans ces conditions considérer que le conflit actuel ne se résume qu’à une affaire d’Ethnie est réducteur, et relevant d’une analyse biaisée. Pire, considérer qu’il y aurait un plan secret hourdis par la France et ses alliés pour re-coloniser les territoires perdus de la république, ne serait-il pas du même ordre?De même un amalgame certain est entretenu volontairement? et qui conduit à percevoir les peuls comme des djihadistes potentiels ou sympathisants naturels de cette cause. Parlerons-nous donc de la Katiba Macina dirigé par Amadou Koufa, qui recrute essentiellement dans la communauté peule. Cependant, il faut relever que cette katiba n’est pas composée que de Peuls. Le discours d’Amadou Koufa a séduit de nombreuses communautés. De ce fait, on retrouve ainsi d’autres communautés que les Peuls dans la Katiba Macina. Pourquoi? car les populations y adhérant, ont le sentiment que l’Etat ne répond pas au besoin primaire de sécurité, mais aussi aux questions sociales comme l’éducation ou la santé. Il faut dire que le Mali, malgré la présence des forces de l’opération Barkhane a encore énormément de mal à sécuriser l’ensemble de son territoire. C’est un état faillit, dont l’effondrement entraînera celui de toute cette partie de l’Afrique, le Sénégal y compris. Quelles solutions proposer aujourd’hui?

Cette zone du Sahel, plus de trois millions de km2 , concentre toutes les crises que connaît le monde. En effet : sécuritaire (terrorisme, radicalisation, et autres formes de la criminalité transfrontalière) migratoire ( réfugiés climatiques, réfugiés de économiques, conflits) etc… Malgré une prise de conscience de toutes ces questions par les chefs d’États africains , il est urgent de mettre sur pied des réponses africaines et adaptées à ces crises que nous traversons. Au fond les défis sont immenses. Par exemple: sur la question de la sécurité il y a celle de la professionnalisation des armées, de la mise en place d’instruments de renseignements communs. Cet outil se chargerait de coordonner le renseignement au niveau régional, sous-régional. Il convient de penser à une collaboration plus poussée entre les forces de police. Voire même, opérer leur transformation (dans leur mission , comme dans leur fonctionnement) face à la menace terroriste, dans toutes ses formes. A terme, ce qu ‘il faut vraiment réussir c’est l’union Africaine par le haut(au niveau institutionnel) mais aussi par le bas (par les peuples). Les guerres contre les nouvelles formes de criminalités sont nécessaires, mais il faut tout de même miser sur le développement économique, une redistribution équitable des richesses, la lutte contrre la corruption, et surtout impliquer les populations et en faire des acteurs de la stabilité nationale, sous-régionale et régionale.

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