facebooker, journaliste et information: une querelle de légitimité déjà lancée

Cécile Sow D-cryptage Diaspora Politique Société
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Chroniqueurs d’un nouveau genre, ils sont Facebooker, youtubeur, ils s’activent sur les réseaux sociaux et sont les dépositaires d’une parole, leur parole. Mais est-elle celle du peuple ? A coup de « live, like et de share », ils peuvent être perçus comme des fabricants d’une information plus plausible, et cela au même titre que les professionnels de l’information. Cependant toutes les paroles se valent-elles ? Que vaut la parole d’un journaliste aujourd’hui ?

A travers son histoire et ses traditions, le Sénégal montre qu’il a construit des mécanismes de circulations des idées, des opinions, et des expressions individuelles et collectives. Et cela, bien avant l’avènement de la démocratie (telle qu’on la connaît), ou des médias sociaux et de la large diffusion des outils numériques. Si ce n’est pas l’arbre à palabre ou encore d’autres mécanismes de consultation ou de délibération, l’on entendait facilement des individus non expert dans un domaine précis, s’exprimer sur l’actualité du moment. Et cela, via des émissions télévisuelles, radiophoniques. La donnée nouvelle qui suscite notre réflexion ici, c’est que dorénavant chaque individu est à la fois producteur et diffuseur de message, voire d’information. Portons notre attention sur le phénomène des : live, des vidéos postées sur YouTube, Dailymotion, snapchat ou instagram et autres, disposer d’un ordinateur n’est plus nécessaire ! Dorénavant une tablette tactile, un téléphone portable suffisent amplement pour créer les conditions de diffusion de sa parole, surtout quand on considère tous les équipements dont disposent les téléphones aujourd’hui (vidéo, photo, dictaphone, applications en tout genre…). Au-delà de toutes ces questions, c’est une reconfiguration même de la place, comme de la posture du récepteur qui s’impose avec les média sociaux. Certains récepteurs sénégalais ne sont plus passifs et attentistes vis-à-vis d’un message ou d’une information. Au-delà, force est de reconnaître donc que chacun peut créer son média et diffuser sa vérité, son point de vue. Or est-ce que cette vérité est conforme à la réalité, à la vérité? Est-ce que les modalités de délivrance de cette vérité sont conformes au droit, et autres principes moraux régissant nos sociétés respectives ? Liberté d’expression me dirait-on, liberté d’opinion, et même post-vérité!
Certains usagers des nouveaux média sociaux concurrencent les média traditionnels dans leur légitimité à porter une parole émanant de la société

Aujourd’hui, c’est comme si toutes les formes de paroles étaient placées sur le même piédestal, au même niveau. Or toutes les formes de paroles se valent-elles? En quoi un bloggeur ou un Youtubeur peut-il mieux rapporter des faits en œuvre dans la société ? Sur quoi se fonde sa légitimité ? De nos jours les « facebookers » peuvent être perçus comme des fabricants d’une information plus plausible, et reflétant mieux la réalité vécue, et cela au même titre que les professionnels de l’information. Et même, ils peuvent paraître de meilleurs journalistes que les professionnels du journalisme. Kawteef!!! Dès lors, nous comprenons pourquoi dans le web sénégalais, pullulent, Blogs, pages facebook, snapchat, groupe whatsapp etc entièrement dédiés à l’expression d’individus ou de collectifs divers sur n’importe quel sujet. On peut citer par exemple : « la chronique des jumeaux », « Sénégalités World of NK » etc . Ces acteurs du web représentent des aspects réels de notre société sénégalaise. Ils sont suivis, leurs contenus sont lus, écoutés, critiqués, aimés par des milliers de personnes réelles, mêmes cachées derrière un compte facebook. Leur légitimité se fonderait donc, sur une présomption. L’idée selon laquelle ces personnalités s’exprimeraient en tant que sujet et non sous-couvert d’une qualification professionnelle, d’une stratégie mise en place pour acquérir une notoriété au sein de leur société d’appartenance. Ce sont des gens « qui nous ressemblent, qui connaissent notre quotidien, qui parlent comme nous, qui parlent de choses que nous vivons ». C’est ça qui fonderait en partie leur légitimité, leur capital sympathie auprès de leurs suiveurs. Il faut tout de même rappeller que l’information , c’est un ensemble de faits, que le professionnel vérifie, trie et met en perspective avant toute diffusion. Or est-ce toujours le cas dans les post facebook,et live youtube ? Quelles sont les règles de collecte et de traitement des faits ici ? rude concurrence !

En l’état actuel des choses, personne ne peut réellement prévoir toutes les retombées des avancées techniques et progrès du numérique dans notre société. Il n’empêche que la prospective, ou la recherche académique sont des voies parfaitement indiquées pour orienter, notamment les décisions politiques en terme de politiques publiques ou de normes juridiques, afin d’encadrer les pratiques numériques et d’anticiper sur leurs effets probables. Il faut que toutes les parties prenantes (famille, école, état, institutions sociales, publiques) s’investissent massivement dans l’éducation aux usages, histoire que nous tirions profit des ressources numériques de notre ère.

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