Génocide rwandais 25 ans après

Cécile Sow D-cryptage Diaspora Editos Politique Société
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Le Rwanda commémore ce dimanche 7 avril le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. 7 avril, journée de deuil national. C’est également cette date, qui a été choisie par Emmanuel Macron comme «journée de commémoration» en France.
une trentaine de chefs d’État et de personnalités internationales étaient attendus, Emmanuel Macron y compris. Mais pour des raisons “d’agenda”, il n’a pu venir. La France a été représentée par le député d’origine rwandaise, Hervé Berville.

commémoration Génocide du Rwanda

Plus de 25 ans après, le génocide rwandais continue encore de marquer ce pays au fer rouge. pourtant, le Rwanda est souvent cité comme modèle pour sa bonne santé économique, ses progrès sociaux, ses avancées notables sur la question de la parité homme-femme, de même que ses progrès en matière technologique. Paul Kagamé personnalité indéboulonnable du côté des “milles collines” est toujours à la tête de l’État rwandais, officiellement depuis 2002, même s’il contrôle effectivement le pays depuis la fin du génocide. D’ailleurs, en 2015 un référendum constitutionnel lui a permis de se présenter pour la troisième fois à la présidentielle en août 2017. plus de 98% des voix, voilà son score.

1994: début d’un génocide qui trouve ses origines dans l’histoire, y compris coloniale

Le 6 avril 1994, de retour des négociations de paix d’arusha, le président Juvénal Habyarimana meurt. Pourquoi? son avion a été abattu au dessus de Kigali. Le gouvernement Hutu et les forces tutsis s’affrontaient depuis 1990, dans une guerre qui trouve ses racines profondes dans l’histoire coloniale du pays. Il faut sans doute préciser que ce génocide n’est pas le fruit du hasard. C’est la conséquence dramatique d’un racisme institué par les Allemands puis les Belges, à partir du XIXe siècle. Pour ces colons, les Tutsis appartiendraient à une race supérieure contrairement aux Hutus et aux Tua. Or à l’ère précoloniale, ces distinctions n’existaient pas, Hutus, Tutsis, et Tua vivaient dans le territoire du Rwanda sans réelle distinction ou hiérarchie entres les ethnies.Avec en plus une langue parlée de tous:le Kinyarwanda. Ainsi ces colons supposant que les Tutsis étaient supérieures aux autres, les ont favorisé en leur facilitant l’accès à l’instruction , au travail au sein de l’administration. Ils créent ainsi une élite qui sera victime du mécontentement et d’un sentiment d’injustice, vis-à-vis des autres peuples. Au-delà, par une série de manipulations historiques, les colons allemands et belges vont cristalliser les différences ethniques . Ils vont mettre au point des séries de preuves pour démontrer que les Hutus et les Tutsis sont deux ethnies bien distinctes qui se sont retrouvées dans un même pays, mais qui n’ont pas les mêmes origines. Lorsque les Belges arrivent au Rwanda en 1916, ils mettent au point des cartes d’identité classifiant la population selon son ethnie . Ces cartes vont jouer un rôle important durant le génocide, car ce sont elles qui permettront aux miliciens de reconnaître ceux qu’il fallait exterminer, les Tutsis.  D’ailleurs se sentant de fait discriminée, la majorité hutu se révolte d’abord en 1959, massacrant des centaines de Tutsis et contraignant à l’exil des milliers d’autres . Et plus tard, au début des années 1990, une rébellion d’exilés tutsis s’étant réfugié dans les pays voisins pénètre au Rwanda. À sa tête? Paul Kagame, actuel président du Rwanda. Et en avril 1994, en l’espace de 100 jours, près d’un million de personnes sont tuées, et majoritairement des Tutsis. De connivence avec les milices hutus interahamwe, les forces armées rwandaises éliminent de manière ciblée, les populations Tutsis, et les opposants à cette épuration ethnique. Rebelles et forces gouvernementales s’affrontent jusqu’à ce que le FPR prenne le contrôle de l’ensemble du pays en juillet 1994.

Au-delà d’une histoire coloniale tumultueuse, le rôle des média dans le déclenchement et l’exacerbation du génocide

Créée en 1993, la Radio-télévision des Mille Collines, appelée aussi Radio Mille Collines (RTLM), est la seule radio privée du Rwanda à cette époque. Elle a initialement été créée pour concurrencer la Radio Rwanda une radio nationale dont les programmes ne convenaient pas aux proches du président Habyarimana et à son parti politique. Dans cette radio, étaient diffuser à longueur de journée des messages de haine et des appels aux meurtres des Tutsis. Pire, des informations comme les adresses précises étaient délivrés par les journalistes, afin d’indiquer aux milices Hutus les lieux et les personnes qu’il fallait éliminer. La RTLM permettra donc aux extrémistes hutu de propager leurs appels à la haine raciale. En effet, elle fut la première à annoncer l’attentat contre le président sur les ondes. Ensuite, durant les 100 jours qui suivirent, elle incitera quotidiennement la population hutu à “faire son travail”, oui, vous avez bien compris: tuer du Tutsis. Peu après le génocide, plusieurs journalistes qui travaillaient pour la Radio ont été accusés de complicité de génocide et de crimes contre l’humanité. Le plus connu pour avoir incité la population à exterminer les Tutsis, est Hassan Ngeze. Pendant les 3 mois de génocide, les noms des Tutsis qu’il fallait éliminer. Ce journaliste a été jugé par le tribunal pénal international pour le Rwanda, le TPIR. verdict? peine de prison à perpétuité pour incitation à la haine et crimes contre l’humanité .


extrait de 7 jours à Kigali
Valérie Bemeriki, journaliste à la RTLM, jugée pour avoir exhorté, à travers les ondes de la radio, les Hutus à éradiquer les Tutsis. Elle purge actuellement une peine de réclusion à perpétuité dans la prison centrale de Kigali

Aujourd’hui, même si le Rwanda a pansé ses plaies en puisant dans ses ressources pour rendre justice et pacifier son peuple, des questions demeurent sans réponses, notamment sur la responsabilité d’un certains nombres d’acteurs dans le déclenchement du génocide. nous y reviendrons dans de prochains articles.

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