La crise de la pensée et de la réflexion

La crise de la pensée et de la réflexion

Cher Mohamed mon Frère, il me plaît de lire tes lignes. Lignes à travers lesquelles tu proposes une réflexion sur ce que tu appelles la crise de la pensée et de la réflexion à l’aune de l’explosion d’Internet et des Réseaux sociaux numériques. Je te répondrai en plusieurs phases étant donné que les questions soulevées par ton texte en filigrane sont nombreuses et toutes importantes.

Cher frère, ma première réponse consistera à te dire qu’effectivement pour traiter la problématique de « la crise de pensée et de la réflexion » à l’ère de l’Internet et du « web participatif », il faut d’abord caractériser les modifications en œuvre notamment au sein de l’espace public. L’espace public étant envisagé comme le lieu des expressions des avis et des opinions. Habituellement pris comme le lieu de l’usage public de la raison, le débat rationnel, (Espace public Habermassien) aujourd’hui cet espace public est pluriel, et aux prises entre subjectivités et objectivités, entre passion et raison.

Un espace public métamorphosé à l’aune du web participatif :


Il me faut préciser que la naissance du web et son évolution vers le web 2.0 semblent être l’occasion de profondes mutations de l’espace public. Un des symboles visibles de cette transformation, c’est bien cette multiplication des lieux de prise de parole dans l’espace public, de même que la multiplication des locuteurs. C’est ce que précise Dominique Cardon en disant que « le web a bouleversé la plupart des paramètres de l’espace public traditionnel, dans lequel un faible nombre d’émetteurs s’adressaient à des publics silencieux » . Dès lors, il faut dire que l’espace public tel que conceptualisé par Habermas connaît des transformations notamment sous l’effet de l’internet. Pour appuyer son propos Cardon met en place un schéma où il s’intéresse à des figures précises de l’espace public. Pour lui : « Un espace public, c’est donc quelqu’un qui parle de quelqu’un d’autre devant un public. Trois éléments : un locuteur, un sujet et un public » . C’est au niveau de ces trois éléments qu’il dénote une tension, qu’il convient d’évaluer essentiellement les modifications induites par le web participatif sur l’espace public tel que conçu par Habermas. Ainsi, du point de vue de celui qui parle, le locuteur : « potentiellement, n’importe qui peut prendre la parole pour dire n’importe quoi ; l’accès à la parole publique est dérégulé et beaucoup de propos qui ne s’entendaient ou ne se lisaient pas auparavant peuvent désormais circuler sur le web » . C’est précisément avec cette multiplication des locuteurs, qu’il faut envisager une multiplication des lieux de prise de parole. Des lieux qui ne sont plus physiques (cafés, clubs littéraires…), mais qui prennent forme sur le web, à travers différents outils de publicisation des opinions, proposés par les réseaux sociaux, les blogs, les sites internet etc…. C’est dans cette mesure que nous parlons d’espace public numérique, mais aussi mosaïque, car prenant en compte la pluralité des parties prenantes. Quand nous parlons d’un espace public morcelé, on veut désigner des formes d’appropriation qui épousent un mode d’intégration individualisé de l’espace public, une affirmation de soi et de ses identités multiples.

C’est donc dire qu’au fond l’espace public sous l’emprise du numérique autoriserait une prise de parole généralisée, une cacophonie qui met en scène une concurrence entre des régimes de paroles, entre des locuteurs. En effet qui est expert et qui ne l’est pas ? qu’est ce que l’expert ? Et en vérité, il faut peut-être s’inquiéter quand la parole du Youtubeur lambda devient plus crédible, plus suivie que celle d’un scientifique avéré, ou d’un journaliste de métier. Ma deuxième réponse viendra explorer cette problématique-là. Qu’est-ce qui fonde la légitimité ou la crédibilité des paroles dévoilées dans le web?

Moussa Aïdara diop

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