La ZLECAF: enjeux et perspectives

La ZLECAF: enjeux et perspectives

Signée en mars 2018 par 44 Etats, la zone de libre-échange continental entrée en vigueur en janvier 2021 constitue une réponse substantielle aux problématiques commerciales et économiques des pays africains. Elle cristallise la volonté politique des décideurs étatiques de renforcer et consolider la coopération et l’intégration économique sur le continent noir. La ZLECAF prend sa genèse de l’agenda 2063 de l’Union Africaine dont la vision est une « Afrique intégrée, prospère et pacifique » axé sur la croissance inclusive et le développement durable des Etats de l’union.

La Zone de Libre-Échange, une des étapes cruciales de l’intégration, ambitionne de faciliter le commerce intra-africain par la suppression intégrale des barrières tarifaires et non tarifaires entre pays membres. Elle part sur le postulat de la libre circulation des biens sur l’espace continental sans quota ni droit de douane (Quata free duty free).

L’Afrique un continent inexistant sur les échanges internationaux

Sur le plan mondial, la représentativité commerciale du continent africain est relativement faible et insignifiante. Les pays africains, dans leur globalité, contribuent à hauteur de 2,75% sur les échanges commerciaux mondiaux. Alors que l’Union Européenne et les Etats Unis d’Amérique représentent respectivement 32% et 11%  du commerce mondial de biens (Source : Trade map, 2021).

La faiblesse du commerce intra-africain est justifiée en grande partie par la structure économique et commerciale des Etats. De prime abord, la quasi-totalité des pays africains sont des économies de rente basées exclusivement sur la production et l’exportation de matières premières. Ces produits sont destinés à alimenter les industries étrangères comme source de matières premières. La balance commerciale du continent décèle également une forte dépendance aux importations en biens d’équipement venant des pays tiers. Par analogie, les produits africains ne sont pas trop convoités sur le marché intérieur. Ceci est à l’origine des importations galopantes qui a pour conséquence un déficit chronique de la balance commerciale.

La ZLECAf, une alternative pour la promotion des échanges intracontinentaux

La ZLECAf a la mission de renverser cette tendance. Elle donne aux entreprises africaines un marché de plus de 1,2 milliard de consommateurs. En outre, elle crée des économies d’échelle dans le continent. L’idée est de renforcer la compétitivité des entreprises par la suppression des entraves au commerce. Cela passe par une incitation des entreprises à l’innovation, mais aussi investir davantage dans de nouvelles techniques modernes de production. La promotion des échanges doit impérativement passer par des produits à forte valeur ajoutée.

L’intelligentsia africaine est consciente que l’unité africaine est une opportunité de positionnement au niveau international. Les résultats escomptés de cette zone de libre-échange avancés par les experts et chercheurs à l’aide des études ex ante nécessitent des réformes politiques importantes et des mesures de facilitation des échanges. Dans le préambule du  protocole sur le commerce des marchandises, la ZLECAf incite les pays africains  à accroitre le commerce intra-africain à travers l’harmonisation, la coordination de la libéralisation du commerce et la mise en œuvre des instruments de facilitation des échanges dans toute l’Afrique, ainsi que la coopération dans le domaine des infrastructures de qualité, de la science et de la technologie et dans l’élaboration et la mise en œuvre de mesures liées au commerce.

L’application des dispositions de l’Accord sur la Facilitation des Echanges est un impératif pour une réussite de la ZLECAf

Il est notoire de souligner que les barrières tarifaires ne constituent pas les seuls obstacles au développement du commerce. À côté, il existe les barrières non tarifaires, les tracasseries administratives, etc., les coûts commerciaux qui sont plus que jamais une réalité en Afrique. Les pays africains doivent s’efforcer de dématérialiser leurs procédures douanières et œuvrer de façon drastique pour la suppression des coûts du commerce.

Les lenteurs administratives, la corruption, la pléthorique des postes de contrôles aux frontières, les délais de passages, les perceptions illicites sont des questions majeures à prendre en compte pour une opérationnalisation optimale de la ZLECAf. Les perceptions illicites au niveau des frontières gangrènent significativement le transit des marchandises.

L’accord sur la facilitation, dont la plupart des pays africains sont signataires, permet de régler la problématique des lenteurs administratives et les tracasseries sur le long des corridors routiers. L’accord favorise la disponibilité des informations, relatives aux procédures douanières, en ligne. De surcroît, les pays doivent mettre en place des guichets uniques  afin de permettre l’enclenchement des procédures douanières avant l’arrivée des marchandises. Cette transparence limite toutes les possibilités de corruption et de perte de temps au niveau des points de passage. L’accord prend en considération les infrastructures modernes de communications et de transport. Pour un commerce intra régional de 54 pays, il faut impérativement des voies de communication de pointe pour le transit et l’acheminement des marchandises.  Les pays sans façade maritime par exemple les pays de l’Afrique centrale ont besoin des infrastructures routières modernes et une vélocité de passage au niveau des frontières. L’application de la facilitation des échanges dans le cadre de la ZLECAf va permettre au pays de l’hinterland de participer activement et sans contraintes aux échanges commerciaux africains.

La mise en œuvre de la ZLECAf engendre une perte de recette douanière pour les pays africains. Vu l’importance de ces ressources sur le financement des dépenses publiques des états membres, son application pourrait-elle se faire sans réticence ?

 

Abdoulaye Wally FAYE,

Économiste / Doctorant en Politiques et Négociations Commerciales Internationales

Ecole doctorale Sciences Juridiques, Politiques, Economiques et de Gestion de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (UCAD).

Moussa Aïdara diop

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