L’Afrique n’est pas mondialisatrice, elle est mondialiséé !

«L’Afrique n’est pas mondialisatrice mais elle est mondialisée.» Ces propos sont de Ceikh Lo Fall Docteur en droit de l’Université de Bordeaux, chercheur et auteur de l’ouvrage « investissements étrangers et nécessité de la responsabilité sociale : l’exemple des puissances émergentes en Afrique». Il intervenait lors d’un débat en ligne organisé par le groupe de réflexion « Perspectives Afriques » autour du thème l’Afrique dans la mondialisation. Perspectives Afrique est un groupe de réflexion sur les questions liées au développement du continent africain et à la modernisation de ses relations avec le reste du monde. Ce Think Tank basé à Bordeaux en France a initié des «cafés perspectives» pour donner la parole à des acteurs de la diaspora sur des questions qui concernent le continent Africain. Cheikh Lo Fall répondait aux interrogations de l’écrivain, essayiste et militant des droits de l’homme d’origine mauritanienne, Mohamed Lam.
Considérant la mondialisation comme un processus politique, économique et militaire par lequel des acteurs se sont projetés vers les autres pays pour pouvoir transporter des marchandises et asseoir leur domination, Docteur Fall estime que chaque étape de la mondialisation a sa puissante dominante. Concernant la position de l’Afrique dans la mondialisation, le chercheur explique que le vieux continent ne tire pas les ficelles de son côté. « Tout ce qui se dit, tout ce qui se fait pour vous est en réalité contre vous.» Reprenant ainsi les propos de Mohamed Ghandi, il signale que les Africains ne sont pas les décideurs de ce qui se fait dans la mondialisation concernant l’Afrique. Il estime également que le continent est en retard et que les africains n’ont pas intérêt à concourir au rattrapage. «Les résultats de la mondialisation l’ont assez démontrés. Cette forme de mondialisation néolibérale, pour pouvoir s’y insérer de façon tout à fait efficace, il faut d’abord une base industrielle très solide, des moyens logistiques très sophistiqués et un trésor de techniciens bien formés. Si on fait le décompte, on se rend compte que l’Afrique n’en a pas assez. » Docteur Fall d’ajouter qu’au lendemain des indépendances, au lieu de faire une rupture économique et politique de l’ordre qui prévalait, les africains n’ont fait que suivre cet ordre. Il invoque ainsi le chercheur René Dumont qui disait que l’Afrique est mal partie. Monsieur Fall remet ainsi en cause l’héritage politique et économique de la colonisation et de l’esclavage. «Pour pouvoir bien partir, il fallait fondamentalement remettre en question, critiquer ce qu’on a hérité pour pouvoir repartir sur de bons pieds. L’Afrique voulait coûte que coûte suivre l’idéologie fondamentaliste alors que le modèle de développement occidental est un modèle qui n’est pas exportable.»
Selon le docteur Cheikh Lo Fall, l’Afrique doit avoir une vision qui lui est propre pour pouvoir aspirer au développement en mettant en place ses propres paradigmes. Il souligne également que le modèle européen n’est pas viable. Il s’est construit à travers l’esclavage et la colonisation. «La chine, même si c’est un modèle capitaliste, s’est créée son propre modèle de développement. Elle est aujourd’hui incontournable dans la mondialisation.» Renchérit Docteur Cheikh Lo Fall. Le Chercheur d’ajouter que l’Afrique peut faire comme la chine par ce qu’elle a beaucoup plus de ressources que certains pays comme la Corée du Sud, et le Japon. Il revient ainsi sur les chercheurs et économistes qui disent souvent que l’Afrique est l’avenir du monde. Il déclare que pour que cet argument tienne, il faut que l’Afrique se réconcilie avec elle-même. Pour ce, il faut que les Africains soient incontestablement les maîtres du jeu.
Répondant à une question du modérateur Mohamed Lam concernant la capacité des pays africains à pouvoir intégrer un monde mondialisé sans en interne avoir pensé à une unité africaine, Docteur Cheikh Lo Fall semble plutôt pessimiste.
«Tel que Sékou Touré l’a dit, aucun des pays Africains pris isolément ne saurait représenter dignement l’Afrique ni réhabiliter l’Afrique de ses tares antérieures. Il ne sert à rien qu’un pays comme le Gabon ou la Côte d’Ivoire veuille rivaliser avec la Chine, l’Inde ou la France. Déjà, la France prise individuellement pèse plus lourde économiquement que l’Afrique.»
Jugeant la mondialisation incontournable, il affirme que c’est primordial que l’Afrique s’unisse pour pouvoir relever les défis de l’heure. «Qu’on le veuille ou non, si nous n’allons pas vers la mondialisation, elle viendra de force vers nous. Dans la mondialisation il y a ce qu’on appelle des blocs économiques continentaux. Dans l’Union Européenne il y a des pays très importants et puissants mais qui sentent la nécessité de s’unir face aux américains et aux chinois. Ce ne sont plus des pays qui s’affrontent. Même si cela s’avère compliqué pour tout le contient, on peut par exemple y arriver en Afrique de l’Ouest avec le Nigéria comme locomotive. Le Sénégal seul ne peut rien faire face à la Russie ou l’Inde. Il nous faut un groupement communautaire. Si on est groupé certains accords comme les APE ne seront plus possibles. La manipulation des masses ne sera également plus possible.»
Même S’il considère que la mondialisation est incontournable Docteur Cheikh Lo Fall insiste sur le fait que l’Afrique ne doit pas suivre les autres sur leur terrain. Il faut repenser la mondialisation en ne s’ouvrant pas n’importe comment. Il Souligne qu’à l’heure actuelle l’Afrique est la grande perdante avec certains accords qui sont signés avec les puissances étrangères et qui ne profitent pas aux africains.

Ismaila Seck

Ismaila Ba Seck

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