Le Sénégal et ses milices : quand la faiblesse de l’Etat atteint des limites dangereuses !

Au-delà de notre armée nationale, il existe d’autres groupes armés au Sénégal. Des milices pour être plus clair. Comme on nous l’a toujours appris, le rôle de l’armée est d’assurer la sécurité des biens et des personnes. Cela sous-entend que tout individu a le droit d’être protégé quelque-soit son importance. L’Etat est aussi la seule entité qui détient le monopole de la violence légitime comme disait Max Weber. Toute autre personne exerçant de la violence physique ou morale sur ses semblables doit être poursuivie et qu’importent ses motivations. L’armée, la police, la gendarmerie et les autres forces de défense et de sécurité sont les seuls organes habilités pour le maintien de l’ordre dans un Etat de droit.

Si cette armée et autres forces de défense et de sécurité font convenablement leur travail, nous devrions nous demander à quoi bon recourir à des milices privées? Quel est le vrai but de ces milices ?

Nos différents gouvernements qui se sont succédé ont laissé germer les racines du mal. Les raisons ? Les disciples de certains guides religieux représentent une masse importante de l’électorat national. En fin stratège, le pouvoir a toujours cherché à former des alliances avec ces hommes religieux fermant les yeux sur les déboires de leurs différentes organisations qui parfois peuvent être nuisibles à la société. Au de-là des stratégies politiques, la question reste sensible pour tous les acteurs de la société civile, des organisations de défense des droits de l’homme et même pour la presse nationale.

Si le niveau de popularité de ces hommes religieux induit une menace pour eux-mêmes, il revient à l’Etat d’assurer leur sécurité. Cela éviterait la prolifération des milices comme tel est le cas aujourd’hui.

Quel que soit la sensibilité du sujet, il faut oser dire que les milices les plus célèbres au Sénégal sont celles de Serigne Modou Kara et de Serigne Moustapha Sy.

Au-delà  de leurs dimensions religieuses, les deux hommes sont aussi des figures politiques car représentant chacun la personne morale d’une formation politique (PVD et PUR). Ces connotations politiques devraient pousser le gouvernement à ne pas laisser prospérer le fléau dès sa naissance. Car c’est inadmissible que dans un pays démocratique des formations politiques puissent disposer de leurs propres « armées ».  Et dire que ces différents groupes ne constituent pas de menace sur notre société c’est vouloir ignorer volontairement un passé récent.

Ces milices ont fait l’objet de plusieurs dérives au Sénégal.  Pour rappel, après que  Serigne Modou Kara avait déclaré en 2009 qu’Abdoulaye Wade méritait d’être président à vie, son frère avait répliqué dans une interview en disant que le marabout ne parlait que pour son intérêt personnel. Cette sortie aura valu à Feu Sidy Lamine Niass le saccage de ses locaux (WalFadjri). La situation s’est reproduite cette année après l’annonce du Journal les Echos déclarant que le responsable moral des moustafchidines serait atteint de Covid-19.

La liste des dérives de ces milices est loin d’être exhaustive. Serigne Moustapha a même annoncé lors du précédent Gamou que seule une personne suicidaire s’attaquerait à eux car ils étaient lourdement armés. Cette phrase est passée comme une lettre à la poste malgré tout ce qu’elle sous-entend. Tout se passe sous le silence absolu de nos autorités. Le comble est de constater qu’une de ces organisations armées (Kara sécurité) dispose de centres de redressements (de maisons de corrections). Les images publiées sur les réseaux sociaux font froid dans le dos dans une république dite démocratique. Des personnes maltraitées et privées de liberté reflétant l’image d’un camp de concentration ou encore de la traite d’être humain ne doit nullement passer impuni. Comment une personne peut disposer de prisons privées ? La détention et la correction peuvent-ils être l’apanage de personnes autres que l’Etat ?

Cette situation nous amène à nous interroger sur d’autres problématiques que pourrait engendrer la prolifération des milices au Sénégal notamment le port et la circulation des armes.

Nos frontières sont-elles assez protégées pour éviter l’entrée frauduleuse des armes dans notre territoire ?

 Quelle est la législation sur le port d’arme et son application ?

Si en réalité certaines de ces milices sont armées, cela ne pourrait-il pas constituer un risque pour notre pays vu tout ce qui se passe dans la sous-région (djihadisme)?

Au-delà de la menace qui peut peser sur le Sénégal dans un contexte fortement dominé par la percée des troupes armées en Afrique de l’Ouest, ces milices ternissent l’image de notre pays connu pour sa stabilité. Des secteurs comme le tourisme pourraient faire les frais en plus des retombées néfastes de la crise sanitaire actuelle.

La vérité est aussi que même la classe politique n’est pas épargnée par ce phénomène. On se souvient encore des marrons du feu. De gros bras qui assuraient la sécurité du candidat Macky Sall lors de la dernière campagne présidentielle avec leurs lots de dégâts. Le président qui devrait montrer le bon exemple a lui-même été  anti-modèle sur ce plan. Si la loi n’est qu’une et que nul n’est au-dessus d’elle, la justice devrait prendre ses responsabilités et mettre un terme à cette anarchie avant que l’irréparable ne se produise. 

Ismaila Seck

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