L’usage politique de la justice: une violence symbolique et un recul démocratique

Cécile Sow D-cryptage Diaspora Editos Parlons Politique! Politique Société
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Dans notre pays, et c’est le cas de nombreux autres pays (pas qu’africains) la justice est bien souvent réduite au rang d’outil au service du régime en place. Elle sert malheureusement à régler des comptes politiques, neutraliser des opposants gênants, ou des concurrents possibles. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. L’exemple de l’antagonisme Dia-Senghor est là. Une grave crise institutionnelle qui oppose Senghor, Mamadou Dia, et Lamine Gueye (président de l’assemblée nationale de l’époque) en décembre 1962.

En effet, Senghor emprisonne Mamadou Dia avec quatre autres ministres, Valdiodio Ndiaye, (ministre des Finances), Ibrahima Sarr (ministre du Développement), Joseph Mbaye (ministre des Transports et Télécommunications) et Alioune Tall (ministre délégué à la Présidence du Conseil chargé de l’Information). Ils sont traduits devant la Haute cour de justice du Sénégal du 9 au 13 mai 1963. Mamadou Dia est condamné à la prison à perpétuité. Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sare et Ibrahima Sarr, sont condamnés à 20 ans de prison. Alioune Tall quant à lui est condamné à cinq ans. Ils seront placés à isolement au centre spécial de détention de Kédougou. Senghor les gracie le 27 mars 1974 et les amnistie en avril 1976. Parmi leurs avocats, un certain, Abdoulaye Wade. Le pire c’est que Dia était un fidèle adepte de Senghor, il a été son premier ministre durant onze ans (1963-1974).

Et d’Abdoulaye Wade parlons-en, peut être un des plus vieux opposants politique encore en vie, que l’histoire politique sénégalaise n’ait jamais connu. ses nombreux passages en prison semblaient être pour lui, qu’une promenade de santé! Adversaire redoutable, doté d’un charisme qui lui permet encore aujourd’hui de haranguer les masses comme personne, Wade a pourtant fait les frais de dame justice, bras armé du pouvoir en place! Par exemple, au cours de la campagne électorale, le président Diouf et sa politique d’austérité ont été la cible des critiques de l’opposition et de nombreux incidents, imputés aux militants du P.D.S. ont eu lieu. En 1988, Abdou Diouf gagne largement les élections et malgré l’avis contraire d’observateurs internationaux, l’opposition conteste la régularité du scrutin.Le 29 février, dès l’annonce des premiers résultats, des étudiants descendent dans la rue. Ils se heurtent aux forces de l’ordre et l’état d’urgence est décrété à Dakar. Abdoulaye Wade est arrêté ainsi que plusieurs dirigeants politiques. Ils seront traduits devant la Cour de sûreté de l’État dans les jours qui suivent. Pareil en 1994!le 16 février 1994 à Dakar, des manifestants affrontent violemment les forces de l’ordre à l’issue d’une réunion publique de la Confédération des forces démocratiques, coalition de l’opposition, consacrée à la cherté de la vie après la dévaluation du franc CFA, en janvier. Le 18, les deux principaux dirigeants de l’opposition, Abdoulaye Wade, chef du Parti démocratique sénégalais, et Landing Savané, chef du Parti africain pour la démocratie et le socialisme, sont interpellés en compagnie d’autres personnalités politiques. Le 24, ils sont inculpés pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Tiens tiens , atteinte à la sûreté de l’état!

Dans notre histoire politique, les exemples d’un détournement des objectifs et des moyens de la justice sont nombreux. Dès lors, que Khalifa Sall ou Karim Wade soient emprisonnés par le pouvoir en place, rien de neuf sous les tropiques! Leurs crimes? ne pas être du côté du régime en place(?) je vous laisse répondre. Mais toujours est-t’il que pour espérer restaurer une vraie relation de confiance d’une part, entre les Hommes politiques et le reste de la population, il faut nécessairement garantir la liberté, l’indépendance et l’autonomie de fonctionnement du pouvoir judiciaire. Pas de juges ou de magistrats sous la coupe de l’exécutif, dans les faits comme dans le principe! D’autre part, il convient d’instaurer une vraie séparation des pouvoirs dans notre système politique, afin de garantir l’approfondissement de cette démocratie sénégalaise, encore en gestation.

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