MAGAL 2020 : LA PASSION, MAIS AUSSI LA RAISON (Seydina Omar Ba)

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À mes condisciples qui déclarent que même morts ils iront célébrer le Magal à Touba, je souhaiterais dire quelques mots, en toute modestie.

Je les appelle d’abord à la raison, car à travers le Magal, Cheikh Ahmadou Bamba invite tous ceux que « son bonheur réjouirait de s’associer à lui pour rendre grâce à Dieu ». Il s’agit donc de se réjouir et de réjouir les autres (bég ak bégle) dans tout ce qui est licite pour le musulman.

J’invite ensuite ces condisciples à la modestie, car quand il fallait donner sa vie Cheikhoul Khadim avait choisi d’y aller seul. Aux talibés venus lui proposer la solution armée, il demanda de rentrer chez eux et de le laisser affronter ses ennemis dans une extrême solitude. Le Cheikh n’a donc jamais demandé à ses disciples de donner leur vie, y compris pour cette mission de la plus haute importance spirituelle.

Mieux, Serigne Hamsatou Diakhaté, célèbre scribe et compagnon du Cheikh, rapporte que lors du séjour en Mauritanie, Cheikhoul Khadim fut atteint d’une grave maladie pendant plusieurs jours. L’épreuve était telle que le Cheikh ne pouvait pas bouger un seul membre ; d’aucuns étaient d’ailleurs persuadés que le saint-homme n’en sortirait jamais vivant. Les 5 prières quotidiennes étaient les seuls moments où il retrouvait ses esprits. Une fois l’office observé, la maladie le terrassait de nouveau avec une virulence décuplée. Quand le Cheikh fut guéri de cette affection, il délivra l’explication suivante : « Le Seigneur m’avait informé d’une épreuve qu’Il avait décidée de vous infliger. Convaincu que vous n’en seriez jamais sortis vivants, je LUI ai demandé de me l’administrer à moi tout seul et de vous laisser sains et saufs. C’est ce qui explique les jours douloureux que je viens de passer. » Le Cheikh a donc toujours pris sur lui des responsabilités et des risques pour nous préserver de tout malheur.

Quand on lit cette saisissante anecdote mauritanienne, on se dit que le « dundd dem, dee dem » chanté ça et là n’a guère de sens. D’autant que le Magal est un moment de réjouissance et de joie, et non d’une quelconque contrainte.

Une fois le débat campé, je NOUS invite à une petite réflexion. Le Magal est l’un des rares rendez-vous au Sénégal à réunir entre 3 et 4 millions de personnes. Sous ce rapport, il a donc cessé, depuis fort longtemps, d’être une affaire mourido-mouride pour devenir un événement national. D’ailleurs, les mourides dont je suis ne sont-ils les premiers à déclarer, études à l’appui, qu’aucun événement au Sénégal n’a plus d’impact socio-économique que le Magal, ce qui lui confère, de fait, une dimension nationale. De ce point de vue, nous devons accepter que chaque Sénégalais, mouride ou non, puisse en parler d’une manière ou d’une autre sans qu’on se lève tous pour crier au complot. Les réponses à ces interpellations, quelles qu’elles soient, ne sont pertinentes que si elles s’appuient sur un argumentaire solidement référencé. Et c’est possible ! La communauté mouride dispose de toutes les compétences pour ce faire. À celui qui soutient que le Magal doit se tenir d’une manière différente (ou ne doit pas se tenir), nous devons apporter, si nécessaire, des réponses raisonnées et réfléchies.

J’entends par ailleurs dire que le gouvernement lancerait un « ballon de sonde » pour pouvoir annuler le Magal. Là aussi il faut savoir raison garder. Compte tenu de l’importance que revêt cet événement dans le pays et sur de nombreux plans, je ne suis pas certain que les autorités souhaitent son annulation de gaîté de cœur.

D’un point de vue purement économique, je pense également que les grandes entreprises de télécoms et de services, les commerçants, les transporteurs, etc. ont d’ailleurs plus intérêt à ce que le Magal se tienne compte tenu des bénéfices considérables qu’ils en tirent en seulement quelques jours. Juste pour dire qu’en réalité, à l’exception des mouridophobes patentés, nul n’a intérêt à ce que le Magal ne se déroule pas comme à l’accoutumée. Le fait est que le contexte a connu des évolutions dont il faut tenir compte.

Tenir compte de ce contexte est d’ailleurs le sens de toutes actions entreprises par le Khalife général des mourides depuis l’irruption du Covid-19 au Sénégal. Rares sont les personnalités qui ont déployé autant d’efforts que Serigne Mountakha dans la lutte contre cette pandémie. Dès lors, la décence minimale à son égard commande que l’on s’astienne de toutes déclarations péremptoires alors que lui-même ne s’est pas encore prononcé sur les modalités pratiques de la célébration du Magal. Nul doute qu’il sait mieux que quiconque la responsabilité qui repose sur ses épaules, qu’il assumera pleinement en temps voulu. Rester à son écoute s’avère la meilleure attitude pour un disciple. « Magal par force », « dundd dem, dee dem » sont des slogans à éviter tout comme doivent l’être ceux qui appellent, de manière péremptoire, à l’annulation pure et simple du Magal. Laissons au khalife général la responsabilité qui est la sienne et restons des talibés.

Je terminerai en nous invitant à méditer sur par cette forte recommandation de Cheikhoul Khadim : « Ta passion doit être maîtrisée et dirigée par ta raison, mais n’inverse jamais cette formule, car alors, tu t’attirerais le courroux d’ALLAH Très-Haut. » (Massalikoul Jinane – vers n°665).

Ak jegglu.

Seydina Omar Ba

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