Massacre des Peuls au Mali: au-delà de la lecture ethnique et de la main mise des puissances occidentales.

Cécile Sow D-cryptage Diaspora Economie Editos Parlons Politique! Point de vue... Politique Société
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Le massacre de près de 160 peuls au Mali révèle plusieurs choses. En réalité doit-on toujours voir dans nos conflits, la main cachée des puissances occidentales ? Mieux, le facteur éthnique est-il la seule explication plausible des nombreux conflits en Afrique? À l’heure où on parle, 6 Dogons seraient tués. Il faut sans doute accepter que le Mali, comme d’autres pays africains sont jusqu’à preuve du contraire, des états faillis #failedstates…ne pouvant pas assumer ses fonctions régaliennes, donc dans l’incapacité de sécuriser l’ensemble du territoire national face aux différentes menaces, notamment dans la région du macina et du mopti.Pas de police, pas d’armée! Comment donc comprendre ce meurtre de masse, acte scandaleux et lâche?

En Afrique, nombreux sont les conflits qui auraient pour déclencheur principal le facteur ethnique. Mais pourtant, affirmation pas si aisée à soutenir. Car, de véritables controverses ont opposé les chercheurs sur cette question. Deux explications s’affrontent: un continent africain « condamné » aux affrontements ethniques d’une part. Et d’autre part, une proposition selon laquelle, les ethnies ne seraient que des groupes humains créés de toute pièce , dans le but de manipuler ou d’exercer une domination politique. Seulement, il faut dire que la littérature sur le lien entre ethnie et conflit est riche. De même, on garde certainement en mémoire, le génocide rwandais qui a opposé Hutus et Tutsis. Ainsi, d’avril à juillet 1994, entre 500 000 et 1 million de Rwandais périrent (800 000, selon l’ONU) au cours de ce génocide. Par ailleurs, pourrons-nous oublier le conflit qui a opposé, en Éthiopie en 2016, les Oromos, et les Amharas au régime d’alors? Ou encore les nombreux morts au Kénya, durant les élections de 2007? En effet, au Kénya, les affrontements lors des élections de 2007 ont aboutit à la mort d’un millier de personnes et causé 350 000 déplacés. Pour nous, il ne s’agit pas de nier la présence du facteur ethnique et communautaire dans ses heurts et meurtres de masses. D’ailleurs l’opposition entre Dogon et peuls au Mali ne date pas d’aujourd’hui. Mais, il faut dire que chacun des deux peuples s’estiment victimes de l’autre. En effet, selon Human Rights Watch (HRW), 202 civils sont morts dans des violences communautaires: le bilan de 42 attaques, précise HRW. Pourtant un accord de paix a déjà été conclu entre les deux communautés en août 2018. Mali, unité nationale introuvable?

la gestion des ressources base d’un conflit permanent?

Le peuple Dogon est principalement composé d’agriculteurs qui vivent, depuis des siècles dans les falaises de Bandiagara, dans le centre du Mali. Les maisons des Dogons sont sculptées dans une roche calcaire. L’architecture comme le mode de vie traditionnel des Dogons ont conduit l’Unesco à inscrire les falaises de Bandiagara au patrimoine mondial de l’humanité. Et cela, depuis une trentaine d’années. Les dogons sont célèbres pour leur cosmogonie, leur astronomie , Sirius vous connaissez? Les peuls contrairement aux dogons, sont essentiellement composés d’éleveurs nomades, en principe. Établis dans toute la bande sahélo-saharienne, Fulani ou Fulfudés,  Fulbé ou  Pulaar  ils sont estimés à plus de 40 millions dans une quinzaine de pays. On les retrouve, outre en Guinée (4,9 millions), au Nigeria (16 millions), au Mali (2,7 millions), au Cameroun (2,9 millions), au Sénégal (3,6 millions), au Niger (1,6 million), au Burkina Faso (1,2 million), en Mauritanie 400 000), en Guinée-Bissau (320 000), en Gambie (3124 000), au Tchad (580 000), en Côte d’Ivoire (423 000)… Le voisin entre ces deux peuples ont régulièrement été jalonné de heurts. Mais cela dit, ces heurts, même souvent violents, ont toujours abouti à une issue pacifique. En effet un des motifs de tensions c’est : qu’au Mali, les Peuls sont accusés par les Dogons de dévaster leurs champs et de détruire leurs récoltes pour nourrir leur bétail. La même chose se produit régulièrement au Nigéria où les violences entre Peuls nomades et agriculteurs sédentaires auraient constitué en 2014 le quatrième conflit le plus meurtrier du monde.

” depuis 2014, on est entré dans une nouvelle forme de violence avec la présence de divers groupes armés ; des groupes extrémistes violents comme la Katiba Macina, mais aussi des réseaux de trafics qui opèrent tout le long de la frontière entre le Mali et le Burkina…”

Baba Dakono

Avec les attaques du MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) en 2012, le mali est entré dans un cycle de dislocation de son territoire. Dès lors partagé entre le MUJAO, les indépendantistes Touaregs et les autres. Par exemple le MUJAO avait pratiquement pris possession de toute la zone de Douentza. c’est avec les actions militaires franco-africaine en janvier 2013, que le MUJAO fuit vers l’extrême nord du pays et vers la frontière mauritanienne, laissant d’importants lots d’armes dans les localités anciennement occupés. Il faut sans doute préciser que ces armes viennent de la Libye, où l’état Français avait armé des forces opposés au défunt Mouammar Khadafi. Après la chute de Khadafi ces armes ont été récupérées par des éleveurs et par des groupes qui, face à l’incapacité de l’état malien à sécuriser et reprendre entièrement la main sur son territoire, se sont transformés plus tard en milices d’autodéfense communautaires. Selon le chercheur Baba Dakono,” depuis 2014, on est entré dans une nouvelle forme de violence avec la présence de divers groupes armés ; des groupes extrémistes violents comme la Katiba Macina, mais aussi des réseaux de trafics qui opèrent tout le long de la frontière entre le Mali et le Burkina”.  Dans ces conditions considérer que le conflit actuel ne se résume qu’à une affaire d’Ethnie est réducteur, et relevant d’une analyse biaisée. De même un amalgame certain est entretenu volontairement? et qui conduit à percevoir les peuls comme des djihadistes potentiels ou sympathisants naturels de cette cause. Parlerons-nous donc de la Katiba Macina dirigé par Amadou Koufa, qui recrute essentiellement dans la communauté peule. Cependant, il faut relever que cette katiba n’est pas composée que de Peuls. Le discours d’Amadou Koufa a séduit de nombreuses communautés. De ce fait, on retrouve ainsi d’autres communautés que les Peuls dans la Katiba Macina. Pourquoi? car les populations y adhérant, ont le sentiment que l’Etat ne répond pas au besoin primaire de sécurité, mais aussi aux questions sociales comme l’éducation ou la santé. Il faut dire que le Mali, malgré la présence des forces de l’opération Barkhane a encore énormément de mal à sécuriser l’ensemble de son territoire. C’est un état faillit, dont l’effondrement entraînera celui de toute cette partie de l’Afrique, le Sénégal y compris. Quelles solutions proposer aujourd’hui? une gestion africaine intégrée, avec l’implication de tous les pays africains de cette région? ou une mise en place effective d’une unité africaine réelle avec des instruments de régulations africaines viables…au fond je ne sais pas. Il sera sans doute nécessaire d’approfondir l’intégration africaine par le bas, en misant sur le citoyen.

 

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