Peut on lutter contre les fake, hoax, complotisme? ( Cheikh Tijaan Sow)

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Nous sommes abreuvés d’articles, de vidéos encore plus depuis je ne sais si je dois dire apparition ou prise de connaissance du présent microorganisme infectieux.
Dans « Le Totalitarisme » 1958 l’historienne et philosophe Hannah Arendt écrit « Le penser idéologique ordonne les faits en une procédure absolument logique qui part d’une prémisse tenue pour axiome et en déduit tout le reste. Autrement dit, elle procède avec une cohérence qui n’existe nulle part dans le domaine de la réalité. […] Une fois les prémisses établies, le point de départ donné, les expériences ne peuvent plus venir contrarier le mode de pensée idéologique, pas plus que celui-ci ne peut tirer d’enseignement de la réalité. […] »
Ainsi procède également le complotisme qui aussi est une idéologie. Il y a bien sûr des imposteurs, des charlatans, des paranos qui jouent de la panique et de l’angoisse des populations ou en rajoutent en situation de crise. Certains déséquilibrés sont tellement rassurés et ont un sentiment immense d’autosatisfaction morbide de savoir que d’autres « pensent » comme eux, d’attirer du monde dans leur monde, dans leur univers mental.
Tout cela est vrai.
J’avance quand même l’hypothèse qu’une des conditions pour tarir les sources d’inspiration des friands de conspirations c’est la confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Certes il y aura sûrement toujours des personnes illuminées et ou sujets à des délire d’interprétation, de persécution et de revendication, mais l’immense majorité, nonobstant leurs névroses nécessaires pour ne pas dire normales, sont des êtres dotés de capacités /ou de potentialités d’esprit critique et éclairé.
Les mensonges d’État comme les complots ne sont pas l’apanage des sociétés totalitaires, faits et gestes que les citoyens découvrent éberlués en cas de déclassifications des archives et des mémoires de leurs défunts dirigeants dans nos démocraties. Le mensonge et l’escobarderie nourrissent le complotisme. C’est pourquoi je persiste à croire en mon hypothèse.
Une des conditions pour émousser l’influence des complotistes de tout acabit est un mode de gouvernance où la transparence est de rigueur parce que basée sur une éthique et une pratique ; un mode de gouvernance où les règles du jeu sont co-élaborées ; un mode de gouvernance où le contrôle citoyen repose sur le droit des citoyens d’être tenus informés sur toute affaire qui concerne leur passé, leur histoire, leur présent et les projections envisagées en leur nom, « au nom du peuple » ( n’oublions jamais les conséquences catastrophiques des idéologies totalitaires); un mode de gouvernance où les citoyens ont acquis la ferme conviction qu’on leur dit tout sauf ce qui leur est « caché » et qui n’est pas fait contre eux ou au détriment de leurs semblables sous d’autres cieux. Et ça repose principalement sur la confiance et dans un monde où la confiance n’existe pas, nous dit Kant, les devoirs de loyauté tombent en désuétude (Métaphysique des mœurs).
Je suis sûrement un idéaliste pour penser que ce mode de gérer la cité avec, par et pour les citoyens est possible ici bas, mais si cette perspective n’est pas envisageable il est autant inenvisageable d’espérer la fin du complotisme.
 
Cheikh Tijaan Sow
Bègles
19 mars 2020
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