Par philosophie politique panafricaine, j’entends le retour nécessaire sinon
urgent aux idées et aux théories qui ont animé les premiers personnages
politiques africains de la période coloniale à la période postcoloniale. Parler de
philosophie politique dans un cadre africain peut paraître audacieux, car il
n’existait quasiment pas d’études ou d’ouvrages consacrés à cette question.

Pendant longtemps, des philosophes occidentaux ont nié la possibilité aux
Africains d’avoir eu une philosophie. Il y a évidemment des études qui démontrent de plus en plus qu’elle existe bel et bien, mais à condition de ne pas la comprendre ou l’envisager avec le regard occidental. Autrement dit, philosopher en Afrique n’est pas faire état des concepts et théories occidentales, car l’occident, tout comme l’Asie et dans d’autres coins du monde, a sa propre science philosophique qui provient de ses racines, de sa civilisation.

Philosopher en Afrique c’est donc partir des fondements des cultures et des traditions sociales et politiques du continent.

Il est impossible de faire de la politique sans avoir une identité, il est alors impossible d’avoir une politique qui fonctionne sans avoir, en amont, réfléchi à
la philosophie de cette politique. Je pense que l’Afrique manque de grands hommes et de grandes femmes politiques.
Des hommes et des femmes libres
d’esprit, foncièrement conscients des besoins du continent et possédant des
valeurs africaines tirées du plus profond du réel africain.

À ce titre, le philosophe Mbombog Mbog Bassong, dans son ouvrage majeur La
méthode de la philosophie Africaine (L’Harmattan), propose une vision
originale. Il étudie l’épistémologie africaine et la place de la philosophie et de la
rationalité dans le monde africain.

Selon lui, « l’Afrique supplante les autres formes de pensées par sa méthode
d’accès à la vérité et par la vérité elle-même ». Il affirme dans une émission télé
africaine qu’« il faut se rendre à l’évidence que les Africains sont dans la dernière zone et les derniers soubresauts de la pensée philosophique dominante. »

Dans ses thèses, il indique clairement que « dire à un Africain qu’il est cartésien c’est l’insulter, car la réflexion philosophique occidentale est basée sur un modèle qui reflète une réalité sociale précise ».

L’idée principale dans la pensée de Bassong consiste ainsi à replacer la pensée africaine dans le centre des
réalités épistémologiques du continent et à sortir de la culture d’aliénation.

La rationalité africaine – En sciences humaines et donc dans les pensées
philosophique, psychologique et sociologique, la rationalité est un concept
servant à définir et mesurer la capacité de raisonnement. Dans l’imaginaire des
colons et des marchands d’esclaves, cette capacité a toujours été niée aux
Africains : l’émotion est nègre. La
rationalité serait donc la qualité de ce qui,
dans l’ordre de la connaissance, est rationnel (c’est-à-dire relevant de l’usage de
la raison ou de l’intellect) et de ce qui, plus rarement, dans l’ordre de la pratique,
relève du raisonnable. Sans rentrer dans les détails de ces préjugés sur l’homme
noir, il est évident que cette capacité est présente chez tous les humains et c’est
justement ce qui distingue l’homme de l’animal. Penser que l’homme africain
est dépourvu de rationalité ou de raison revient à le classer au stade animal.

Ce qui m’intéresse, c’est la réflexion sur la question de la rationalité africaine
vue sous l’angle de son implication dans les modèles politiques, économiques et
sociaux. C’est donc se demander si les Africains disposent de la capacité
rationnelle à fonder leurs propres modes de fonctionnements sociaux, partir des
traditions africaines pour concevoir des systèmes politiques solides dans
lesquels les enfants d’Afrique se reconnaîtraient. Pour ce faire, il faut
absolument adopter une philosophie politique endogène faite sur mesure. Cela
ne pourrait se réaliser que par les actes d’engagement d’hommes et de femmes
politiques intègres, défenseurs d’un panafricanisme moderne qui peuvent
s’inspirer des traditions africaines pour concevoir la politique et mettre en place
des institutions fortes.

Pour une théorie économique panafricaine – Je pense aussi que l’économique passe par le politique. Il est pratiquement impossible de créer des conditions de vie sociale et économique viables à travers des modèles conçus dans et pour d’autres sociétés. La responsabilité des élites intellectuelles, politiques et
économiques africaines revient donc à penser les sociétés africaines selon les
modes de vie du continent, des peuples et des cultures. L’économie, tout comme
la sociologie, se veut intimement liée à la culture traditionnelle et la mise en
place d’une véritable culture économique passe par l’action politique.

Une économie en bonne santé est une économie qui doit donc absolument être
adaptée en fonction des types de sociétés.
Les peuples d’Afrique ont toujours fonctionné sur la base du communautarisme et de la solidarité. La question du capitalisme et des modes de fonctionnement économiques libéraux et néolibéraux inspirés des sociétés européennes ne peuvent, à mon avis, pas être appliqués avec succès sur le continent.

La preuve en est que c’est le cas actuellement et c’est un échec. Adopter et pratiquer le capitalisme occidental conduit donc à la destruction des valeurs de solidarité et des modes de vie communautaires africains.

Partager :

WordPress:

J'aime chargement…
%d blogueurs aiment cette page :