Politique: sans premier ministre, Macky Sall ne s’est-il pas privé de son paratonnerre de crise ?

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La politique est tout un art et chaque action doit être faite de manière réfléchie. On surestime souvent les bienfaits d’une décision politique à venir en sous-estimant ses méfaits potentiels. C’est pourquoi la pensée de Machiavelli est un tel enrichissement philosophique. Cet homme, souvent critiqué pour sa vision pessimiste de l’homme, a su mettre en avant que le bon politicien doit toujours se préparer au scénario du pire. De cette manière, il ne pourra jamais être pris au dépourvu. Hélas, je crains que le Président Macky Sall ait été trompé, la suppression du poste de Premier Ministre s’est révélée comme un acte suicidaire. Il est certain que les conseillers du Président Macky Sall lui avaient promu mille bienfaits de la suppression de la fonction de Premier Ministre. Il semble assez probable qu’ils étaient épris d’une frénésie optimiste et qu’ils n’avaient pas vu les dangers qui rodaient. En tant que citoyen et surtout homme désireux de voir nos dirigeants réussir dans la modernisation du pays, j’étais bien plus pessimiste. Je crains qu’on me fasse passer pour une Cassandre, mais je n’ai jamais voulu assister à la naissance d’une catastrophe sans agir. Le poste de Premier Ministre n’existe pas par un simple accident politique. Historiquement, tous les souverains occidentaux avaient des chanceliers, des hommes avisés et instruits, qui assuraient la gestion quotidienne des affaires. Le chancelier était le bras droit, l’homme de confiance. Il était également un bouclier. Quand une décision s’avérait erronée, c’était lui qui prenait le blâme, épargnant la personne du Roi qui devait être un garant de stabilité. Le chancelier était donc dans le cas idéal le parfait complément du Roi. Il détenait les talents que le souverain n’avait pas. Il servait de figure centrale dans un échiquier politique complexe. Par la suite, à l’aube de l’âge des républiques, les rois ont été remplacés par des présidents et les chanceliers par des premiers ministres. Toutefois, la mécanique politique n’a pas véritablement changé. Le Président assume par sa nature un rôle de père protecteur de la nation. Cela se reflète même dans notre constitution. Le Premier Ministre continue à être ce bras droit précieux, cet exécutant valeureux et ce paratonnerre en cas de crise. Il semble ainsi surprenant de voir le Président Macky Sall rompre ce mécanisme que mille ans d’histoire ont trouvé juste. Serait-il plus avisé que trente générations ? A mon avis, il a été honteusement trompé par ses conseillers, car supprimer la fonction de Premier Ministre, c’est couper le bras droit du Président en invoquant que cela le rendra plus fort. Dans l’Histoire, nul homme n’a jamais détenu tous les talents. C’est pourquoi les Gouvernements les plus efficaces sont ceux où deux hommes de natures très différentes s’associent. Leurs différences de caractères et de compétences, loin d’être un fardeau, multiplient leur puissance politique. Un Président nommant un bon Premier Ministre voit ainsi son action renforcé, son aura grandir et ses projets se réaliser plus aisément. C’est quand on nomme un mauvais Premier Ministre que les choses se gâtent. Un homme trop similaire au Président ne sera pas un véritable atout. Trop servile, il n’offrira pas ce contrepoids intellectuel qui enrichit la prise de décision. Si on constate un problème avec le Premier Ministre, c’est rarement à cause de la fonction en elle-même, mais le choix de la personne. Supprimer ce poste, n’était nullement pour renforcer le Président. Selon la Constitution, le Président nomme et révoque le Premier Ministre selon son bon plaisir. Macky Sall pourrait nommer une chèvre comme Premier Ministre si l’envie le prendrait. Il pourrait même nommer et renvoyer un Premier Ministre en l’espace d’une seule journée. Il est en tout temps maître absolu sur le Premier Ministre. Cela est bon et juste, car le Premier Ministre ne doit pas être une force politique propre, mais au contraire, le loyal exécutant, le chancelier de confiance. Le Président ne serait donc pas renforcé d’une once en supprimant cette fonction. Bien au contraire, s’étant coupé le bras droit, il s’est mis dans la
situation inconfortable de manquer de cet intermédiaire, ce pendant utile. Pire, il s’est dépouillé de son bouclier.
Il n’est un secret pour personne qu’un Premier Ministre, c’est comme un lapin : il est dans sa nature de sauter. Quand on doit oser une politique nouvelle et qu’elle tourne mal, il est très utile de pouvoir donner la faute au Premier Ministre. Celui-ci, mis en cause, démissionne. En somme, on laisse sauter ce fusible politique. De cette manière, le Président est préservé de tout opprobre, garantissant la stabilité du pays et surtout permettant de prendre des risques politiques. Si on n’a pas la possibilité de faire du Premier Ministre un bouc émissaire, le Président risquerait avec chaque politique un peu hasardeuse toute sa présidence. C’est pour ces raisons que supprimer la fonction de Premier Ministre a été une erreur stratégique. C’était ! le meilleur moyen d’affaiblir le Président et de le mettre en péril sur long terme. Sans son fusible, il est devenu extrêmement vulnérable aux échecs de son gouvernement. Sans ce contrepoids, il a perdu tout le potentiel de profiter d’un associé soumis à sa volonté, mais pouvant le compléter là où il est moins à l’aise. On ne pourrait pas imaginer meilleur moyen de nuire Macky Sall qu’en l’ayant conseillant de supprimer la fonction de Premier Ministre.

Boubacar Sylla

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