[Portrait] Mouhamed Ali Ndiaye, ancien boxeur : après le ring, le champion à la conquête du terrain social.

[Portrait] Mouhamed Ali Ndiaye, ancien boxeur : après le ring, le champion à la conquête du terrain social.

Avec lui, la boxe sénégalaise a connu des jours glorieux. Sacré trois fois champion du Sénégal, Mouhamed Ali Ndiaye a quitté sa terre biologique pour conquérir l’Italie, sa terre d’adoption dont il a porté haut les couleurs. Après s’être imposé sur les rings, l’ancien champion tâte le terrain du social. Une occasion pour lui de rendre à son pays tout ce qu’il lui a donné.

Par Samba Oumar FALL (le Soleil)

Quand on évoque le nom de Mouhamed Ali Ndiaye, champion du Sénégal de boxe en 1997, 1998 et 1999, on pense aussitôt au grand Cassius Clay, devenu Mohamed Ali après sa conversion à l’islam en 1964. Forcément. Admiratif du champion noir américain, Moussa Ndiaye, ancien sociétaire du club des Niayes de Pikine et cinq fois champion du Sénégal, qui se faisait même appeler «Clay», n’avait pas hésité à faire de «The Greatest» (surnom donné à Ali) le parrain de son deuxième fils né à Pikine en 1979. Aujourd’hui, le vieux Moussa Ndiaye, qui a toujours vécu dans le mythe de Mohamad Ali, ne regrette pas son choix. «J’étais un des plus grands fans de Mohamed Ali qui est le plus grand boxeur de son époque. Il était pour moi une source d’inspiration et mon admiration pour lui m’a poussé à lui donner le nom de mon fils», indique-t-il, rappelant que sa mère s’était déjà opposée à son projet à la naissance de son premier enfant.

Pas surprenant alors que le jeune Mouhamed Ali Ndiaye porte les gants plus tard et marche sur les traces de son homonyme. Son père lui a mis les pieds à l’étrier et lui a appris le noble art. Puis, Joseph Diouf, alors directeur technique national, Antoine Maréme Mbengue et Alex Tavarez l’ont encadré jusqu’à ce qu’il devienne champion du Sénégal. À trois reprises.

C’est en 1991, lors de la première édition du Mémorial Battling Siki, au stade Marius Ndiaye, que Mouhamed Ali Ndiaye réussit son baptême du feu. Il n’avait que 12 ans. Son adversaire, un jeune du nom de Khadim. «Après ma victoire, mon père avait demandé à l’arbitre d’annuler le résultat et de déclarer le match nul parce que je ne pouvais battre mon adversaire», se souvient l’ancien boxeur dont la rencontre avec son homonyme lors de ses deux visites à Dakar en 1980 et 1989 reste ses meilleurs souvenirs.

Après avoir fait ses preuves au Sénégal, Mouhamed Ali Ndiaye voit grandir en lui le désir de dépasser les limites d’un pays où le noble art ne nourrit pas son homme. Il rejoint ainsi l’Europe pour tenter une carrière professionnelle. Il choisit la France, mais c’est en Italie que le natif de Pikine a atterri. Il s’installe à Pontedera, dans la province de Pise, chez son cousin Mamadou Diop qui fut champion du Sénégal en 1986. «Je suis resté deux années sans papier et j’ai dû travailler au noir, comme marchand ambulant. Par la suite, j’ai épousé une Italienne. J’ai obtenu mes documents ; ce qui m’a permis de démarrer une carrière dans le milieu amateur en 2002», renseigne-t-il. C’est là, relève-t-il, que les responsables de la fédération italienne de boxe le remarquent et l’intègrent en équipe nationale. Ainsi démarre une nouvelle vie pour le Pikinois qui n’a jamais connu la défaite au Sénégal. Même si en 1997, il avait été médaillé de bronze aux championnats de la zone

Dans les annales de la boxe italienne

En Italie, Mouhamed Ali Ndiaye a écrit un nouveau chapitre de sa vie de boxeur. Il est devenu le premier boxeur sénégalais de l’histoire à intégrer l’équipe nationale italienne de boxe. En 2004, il fut sacré champion d’Italie. «Pontedera était absent du niveau national pendant 40 ans. Cette province était restée toute cette période sans champion. Ma victoire avait ramené l’espoir», se rappelle Mouhamed Ali Ndiaye qui est passé pro le 1er octobre 2005. Pour sa première, il avait battu le Ghanéen Thomas Dodoo par Ko. Puis, il a enchaîné les succès.

Surnommé Black Power (force noire) par un présentateur de combats en 2005, à Rome, du fait de sa puissance, sa capacité à dérouter ses adversaires, il a décroché le titre de champion du monde junior en 2006 en venant à bout de l’Ukrainien Sergei Demchenko. «Il était plus fort que moi, mais j’avais réussi, à force de courage, à venir à bout de lui et remporter le titre», renseigne-t-il.

En 2007, il fut champion du monde Ibf, puis champion de la Méditerranée, avant d’être couronné, l’année suivante, champion d’Italie pour la deuxième fois. Cet exploit lui avait d’ailleurs valu, à l’époque, les hommages du président de la République, Me Abdoulaye Wade. «Cette victoire est un symbole pour les jeunes sénégalais. Tu es un symbole de courage parce que la boxe, ça va avec le courage et l’intelligence. Je te félicite au nom du gouvernement et du peuple sénégalais. Nous sommes fiers de toi et prions pour que tu gagnes tes prochains combats. C’est le Sénégal qui gagne et tu continueras de gagner», avait déclaré le chef de l’Etat au cours d’un entretien téléphonique retransmis en direct dans le journal télévisé de 20 heures de la Rts. Et Mouhamed Ali Ndiaye avait continué à gagner. Le 11 novembre 2011, il était devenu, après une deuxième tentative, champion de l’Union européenne chez les super-moyens en venant à bout d’Andrea Di Luisa. «Ce combat a été désigné meilleur combat de l’année en 2011 sur toute l’Italie», se rappelle-t-il.

Son dernier combat, Mouhamed Ali Ndiaye l’a livré contre Giovanni De Carolis le 2 mai 2015, lors du tournoi Ibf à Rome. Il s’était incliné aux points. Un an plus tard, il s’est retiré après un problème de rétine. Suite à une opération, son médecin lui avait déconseillé de ne plus descendre sur le ring. L’enfant de Pikine a alors pris sa retraite avec un palmarès assez élogieux.  Il totalise 28 combats chez les professionnels, pour 24 victoires dont 13 par Ko, 3 défaites et un match nul. Plus de 100 combats en amateur entre le Sénégal et l’Italie. Un beau parcours, selon son père, Moussa Ndiaye, qui juge exceptionnel la trajectoire de son fils. «Mouhamed Ali a toujours cru en ce qu’il faisait, c’est ce qui justifie son parcours assez élogieux. C’est une source de fierté. Le Sénégal regorge de jeunes boxeurs talentueux et avec un peu de soutien, ils pourront devenir plus tard de grands champions comme Mouhamed Ali Ndiaye et Battling Siki», plaide-t-il.

Du ring au terrain social

Mouhamed Ali Ndiaye fait partie des fiertés de la boxe sénégalaise, de ceux qui ont redonné un souffle nouveau à cette discipline qui peine depuis de nombreuses années à décoller. Depuis cinq ans, il a rangé ses gants et évolue sur un autre terrain : le social.

Volontaire des sapeurs-pompiers et de la Croix rouge italienne, il est nommé en 2012 ambassadeur de bonne volonté de la décennie africaine des personnes handicapées par l’Alliance africaine pour le handicap. Il réussit ainsi une belle reconversion. Son objectif est d’être reconnu dans l’humanitaire, notamment dans le domaine de la santé, en venant en aide aux personnes dans le besoin. «Je veux transformer ma philosophie sur le ring dans la vie de tous les jours pour combattre et devenir champion du monde dans le social». Depuis, il investit tout son temps sur le terrain social. Il le fait avec dévouement, ne recherchant que la reconnaissance divine et la satisfaction des bénéficiaires, comme il se plaît à le rappeler.

Après avoir fait un plaidoyer dans le monde pour le respect des personnes handicapées, Mouhamed Ali a décidé de joindre l’acte à la parole. À chaque fois que se présente une opportunité de solliciter de l’aide pour aller au chevet de ses concitoyens dans le domaine de la santé, il n’hésite pas. «Mon premier geste a été d’offrir un bus de transport aux élèves handicapés de Pikine. Grâce à mes connaissances, j’ai également offert une ambulance à la commune de Ndiob, dans la région de Fatick», informe-t-il.

Récemment, la «Vigili Del Fuoco» (Brigade de pompiers), dirigée par l’Ingénieur Fabio Dattilo, a octroyé trois camions aux sapeurs-pompiers de Touba par l’entremise de l’association Touba Ça Kanam. Mouhamed Ali Ndiaye n’est pas étranger à ce geste largement salué par la communauté mouride. Selon lui, «Touba est la deuxième ville du Sénégal et a donc besoin de moyens de secours». C’est dans ce sens, explique-t-il, qu’un accord été signé avec les sapeurs-pompiers italiens pour la construction d’un deuxième centre de secours dans la cité religieuse et un autre accord avec la commune de Touba pour un don de véhicules.

Mouhamed Ali Ndiaye, qui a été honoré par la Brigade nationale des sapeurs-pompiers du Sénégal, n’a pas oublié Khombole, terre d’origine de son père. «Je leur ai offert une ambulance et ce n’est pas terminé», assure-t-il.

Dans sa nouvelle mission, son parcours et son engagement constituent un atout de taille. «C’est ce qui a facilité les relations et a fait que les autorités italiennes me font confiance», indique-t-il.

À ce jour, Mouhamed Ali Ndiaye dit avoir convoyé une dizaine d’ambulances et voitures de sapeurs-pompiers destinées au peuple sénégalais. Et il compte bien rester sur cette dynamique. «Le Sénégal m’a tout donné. C’est ma terre biologique et je lui dois reconnaissance et gratitude. Je m’emploierai à exploiter davantage mon carnet d’adresses pour venir en aide, avec le soutien de l’État, aux populations», promet-il.

Moi, Mouhamed Ali …

Son parcours, fait de difficultés, de déception et de sacrifices force le respect. C’est ce qui a d’ailleurs poussé Rita Coruzzi, une jeune auteure souffrant de tétraparésie, à la suite d’une opération chirurgicale qui a mal tourné, à écrire sa biographie. Mi chiamoMouhamed Ali (Je m’appelle Mouhamed Ali) paru le 14 mai 2019 retrace le parcours de l’ancien boxeur, de 1979, année de sa naissance, à aujourd’hui. Ses débuts dans la boxe, son arrivée en Italie, son expérience de marchand ambulant, son cursus, sa reconversion dans le social. Aujourd’hui, le souhait de Mouhamed Ali Ndiaye, dont la vie est un véritable modèle d’abnégation et de persévérance, est que ce livre soit traduit de l’italien au français pour permettre aux Sénégalais de continuer à croire en leurs rêves et de lutter pour les réaliser. D’ailleurs, il compte organiser une cérémonie pour la promotion de l’ouvrage au mois de septembre prochain. «J’ai d’ailleurs présenté l’ouvrage au Pape François, au Khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, et à beaucoup de personnalités», indique l’ancien champion du Sénégal qui espère que l’œuvre inspirera d’autres Sénégalais.

Source: Le soleil 

Ismaila Ba Seck

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